Bordeaux métropole passe au plan B

Le verdict est tombé. En quête d’une ressource géothermale à 70 degrés dans un réservoir du jurassique, Plaine de Garonne Énergies a dû accepter l’échec de son forage à 1 600 mètres. « On a trouvé une eau à un débit de 240 litres/heure alors qu’on en attendait 200 à 300 m³ selon les projections du BRGM », lance Christophe Raymond. Intervenant à l’occasion d’un atelier des Assises européennes de la transition énergétique organisées fin janvier, le directeur de cette filiale de Cofely Engie et de Storengy semble déçu, mais pas abattu. Et pour cause : ce cas de figure avait été anticipé par le délégataire et son autorité concédante Bordeaux Métropole. « On s’est lancés car l’Ademe a accepté de couvrir le risque pris par cette exploration à hauteur de 90 % des coûts », confie Christian Guillaume, chef du service production et distribution d’énergie de la collectivité. « Lors de notre consultation, nous avons demandé aux entreprises d’imaginer différents scénarios. Avec un plan B pour que quoi qu’il arrive, on puisse créer un réseau de chaleur et un tarif compétitif ». Sur la rive droite de la Garonne, le forage a de fait repris pour remonter jusqu’à une nappe du Crétacé dont la température est plus faible (45 degrés), mais dont l’existence ne fait pas de doute. Si les choses se passent désormais comme prévu, l’installation géothermique développera une puissance de 7 MW de chaleur (contre 16 prévus initialement) et le complément sera apporté par une chaufferie biomasse dont le bâtiment avait été préconstruit avant de lancer les forages. Celui-ci aurait été affecté à un autre usage en cas de succès… Mais être prévoyant s’avère parfois utile.

Valorisation d’hydrogène fatal par pile à combustible

Le projet ClearGen permet de produire de l’électricité à partir de l’hydrogène coproduit par la SARA (Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles) dans sa raffinerie de Martinique. Porté par HDF Energy (Hydrogène de France Energy), en partenariat avec la SARA, le laboratoire ICMCB/CNRS, Ballard Power Systems Europe et JEMA, ce projet a pour but d’exploiter de manière industrielle de l’hydrogène pour produire de l’électricité avec une pile à combustible de grande puissance (1 MW). Financé à hauteur de 10 millions d’euros conjointement par le FCH JU (Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking) de l’Union Européenne et la SARA, il consiste en la récupération de l’hydrogène non valorisé et initialement brûlé en torchère, pour produire de l’électricité. Celle-ci est vendue sur le réseau martiniquais à EDF SEI à travers un contrat d’achat de 15 ans. Le succès de l’intégration de cette technologie dans un contexte industriel très complexe et règlementé qu’est celui d’une raffinerie SEVESO ouvre un champ de possibilités pour la valorisation des sous produits issus des industries chimiques et pétrolières à grande échelle, notamment aux membres du consortium européen. HDF Energy a par ailleurs annoncé, le 10 décembre dernier, la construction à Bordeaux de la première usine de fabrication de piles à combustible de forte puissance, qui permettront de multiplier les projets de type ClearGen.

Un nouveau fonds de développement

Jeudi 6 février, Eiffel Investment Group, la Banque des Territoires, GRTgaz, Société Générale Assurances et Ademe Investissement ont annoncé le lancement du fonds Eiffel Gaz Vert. Doté de 115 M€, cet outil est destiné à soutenir le développement de 50 à 100 unités de méthanisation en France et en Europe au moyen de prises de participation minoritaires, apports en capital ou quasi-capital. L’un de ses objectifs est notamment d’aider les projets à passer la phase délicate de construction de l’unité de méthanisation avant qu’elle n’entre en production et que des financements de long-terme ne prennent le relais. En proposant un financement minoritaire, le fonds préserve ainsi le contrôle des industriels et agriculteurs sur leurs projets, tout en leur permettant d’allouer leurs fonds propres vers davantage d’opérations. Le nouvel outil est rapidement entré en activité puisqu’un premier projet a été engagé à hauteur de 8 M€. Il s’agit d’une opération située dans le Doubs et portée par Naskeo. La Banque Européenne d’Investissement et ProBTP étudient la possibilité d’entrer dans le fonds Eiffel Gaz Vert, ce qui pourrait alors porter son budget à 200 M€.

Une croissance en deçà des attentes

En partenariat avec l’Ademe et la FNCCR, Observ’ER a publié le 30 janvier dernier la dixième édition de son Baromètre des énergies renouvelables électriques en France. L’ouvrage présente en détail, et par région, l’actualité des 9 principales filières de production d’énergie renouvelable électrique sur les 12 derniers mois, afin d’éclairer les territoires sur leur trajectoires en matière de transition énergétique. En légère hausse, les filières les plus dynamiques que sont l’éolien et le solaire photovoltaïque, ont vu leurs puissances installées progresser respectivement de 1,5 GW et presque 1,2 GW au cours de l’année écoulée. Ainsi la production électrique renouvelable de la France aura couvert l’équivalent de 23 % de l’énergie électrique nationale consommé et ce malgré un secteur hydroélectrique dont le niveau de production a été particulièrement en raison d’une année 2019 particulièrement sèche. Cependant, la progression des puissances installées a été en deçà des attentes notamment pour l’éolien et le PV qui auraient dû croître d’au moins 2 GW chacun, et maintenir ce rythme dans les années à venir, pour rester dans la feuille de route des objectifs 2023 de la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie.

Un collectif mobilisé pour le SPPEH

Les réseaux Amorce, Cler Réseau pour la transition énergétique, Flame et FNCAUE ont annoncé, dans un communiqué du 1er février leur mobilisation « pour un service public de la rénovation énergétique (SPPEH) à la hauteur des enjeux. » Ces réseaux veulent « pérenniser les structures d’accompagnement, les généraliser à tous les territoires et développer leurs missions pour atteindre les objectifs quantitatifs tout en garantissant la qualité et l’efficacité des rénovations grâce à un conseil objectif et indépendant des intérêts commerciaux. Le SPPEH doit être un service de proximité offert à tous les citoyens, et adapté aux différentes situations des ménages. » Le collectif fustige le choix de l’État de se désengager du financement du SPPEH pour le faire reposer sur les certificats d’économie d’énergie (CEE), via le programme SARE (Service d’Accompagnement pour la Rénovation Énergétique, et sur les collectivités). « Ce choix risque de fragiliser l’écosystème de la rénovation », prévient-il, ajoutant que « le SPPEH ne peut pas se limiter au programme SARE. » Les 4 réseaux demandent donc « un cadre plus adapté et un financement pérenne pour le SPPEH en utilisant par exemple une partie de la contribution climat énergie pour financer les politiques de rénovation et plus largement de transition énergétique portées par les collectivités. »

Siemens Gamesa devient plus Siemens que Gamesa

L’allemand Siemens a annoncé le 4 février le rachat pour 1,1 milliard d’euros à l’espagnol Iberdrola de la participation de 8,1 % qu’il détient dans sa filiale d’éoliennes Siemens Gamesa, issue de la fusion en 2017 de l’espagnol Gamesa et de la division énergie éolienne de Siemens. Une fois l’opération bouclée, Siemens détiendra quelque 67 % de la Siemens Gamesa. Il n’entend pas lancer d’offre sur le reste du capital, a-t-il précisé dans un communiqué. « Siemens et Iberdrola ont reconnu depuis longtemps la nécessité d’une consolidation » dans le secteur des énergies renouvelables, et « ont fait un premier pas dans cette direction », explique Joe Kaeser, patron du groupe, cité dans ce même communiqué.

Le coût des renouvelables « poursuit sa baisse rapide »

L’Ademe a publié une mise à jour de son étude de 2017 sur les coûts des énergies renouvelables en France. Photovoltaïque, éolien terrestre et en mer, hydrolien, petite hydroélectricité, géothermie profonde de haute énergie, bois énergie, solaire thermique individuel, pompes à chaleur individuelles, biomasse collective, solaire thermique, géothermie, cogénération biogaz, injection de biogaz, l’étude détaille les principaux paramètres régissant les coûts de production de ces différentes énergies et l’évolution de ces coûts. Pour certaines filières, une comparaison internationale est réalisée pour les coûts actuels. Enfin, le stockage de l’électricité et les coûts de production des technologies solaires en zone non interconnectée (ZNI) sont également dans le scope de l’étude. « Globalement, l’étude constate que le coût des énergies renouvelables poursuit sa baisse rapide. Des filières comme le photovoltaïque, l’éolien terrestre, le bois énergie, atteignent aujourd’hui, pour une partie significative des installations, des coûts inférieurs à ceux des technologies conventionnelles », explique l’Ademe. « Dans ce contexte, les soutiens publics au MWh se réduisent significativement, mais leur rôle assurantiel reste important pour permettre l’accès à des financements à bas coût. » Chez les particuliers, le développement des solutions d’énergies renouvelables « nécessite le maintien des aides publiques. En effet, même les solutions les plus effiicaces (bois énergie et géothermie), peinent à se développer à cause de barrières freinant le passage à l’action (le coût de l’investissement initial est particulièrement élevé) », relève l’étude.

3 appels à projets pour l’industrie

L’Ademe a annoncé le lancement de trois appels à projets à destination des entreprises pour soutenir la production de chaleur renouvelable, à partir de biomasse, d’énergie solaire ou de combustibles solides de récupération (CSR). Ces appels à projets s’inscrivent dans le cadre du Fonds chaleur et du Fonds économie circulaire. Les entreprises peuvent candidater à un ou plusieurs de ces appels à projets avant le 14 mai 2020. L’appel à projets « Biomasse Chaleur Industrie Agriculture et Tertiaire » permet aux entreprises d’être soutenues pour financer les installations de production de chaleur à partir de biomasse ayant une production annuelle supérieure à 12 000 MWh. L’appel à projets « Energie CSR » permet aux entreprises d’être soutenues pour le développement d’unités permettant la valorisation de combustibles solides de récupération (CSR). Enfin, L’appel à projets « Grandes surfaces solaire thermique » permet aux entreprises d’être soutenues pour financer les installations de production de chaleur moyenne température (< 110° C) à partir d’énergie solaire.

La France parmi les plus en retard sur ses objectifs renouvelables

Encore loin de son objectif d’atteindre une part d’énergies renouvelables de 20 % de sa consommation finale d’énergie en 2020, l’Union européenne a vu cette part progresser à 18 % en 2018, contre 17,5 % un an plus tôt, explique l’office européen de statistiques dans un communiqué publié le 23 janvier. Si les Pays-Bas (7,4 %), Malte (8 %), Luxembourg (9,1 %) et la Belgique (9,4 %) sont les pays avec la plus faible part d’énergies renouvelables dans leur consommation, la France (16,6 %) est l’un des pays les plus en retard, respectivement à 6,4 points de pourcentage de son objectif. Les Pays-Bas, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Slovénie viennent ensuite au classement des pays éloignés de leurs objectifs. Douze États sur 28 (le Royaume-Uni quittera l’UE à la fin du mois) ont en revanche déjà atteint ou dépassé leurs objectifs nationaux pour 2020. La Suède reste de loin le champion des énergies renouvelables dans l’UE, avec plus de la moitié (54,6 %) de son énergie issue de sources renouvelables. Viennent ensuite la Finlande (41,2 %), la Lettonie (40,3 %), le Danemark (36,1 %) et l’Autriche (33,4 %).

L’utile rappel du SER

Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) « rappelle le rôle majeur des équipements de production d’énergie renouvelable pour permettre de remplir les objectifs de neutralité carbone », dans un communiqué diffusé le 17 janvier. Cette annonce est intervenu après le début des simulations qui déterminernt les critères principaux de la future règlementation environnementale des bâtiments neufs (RE 2020) qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021. Pour mener à bien ces simulations, le gouvernement a arrêté 2 paramètres de calcul : le facteur d’émission de CO2 de l’électricité utilisée pour le chauffage, qui voit sa valeur actualisée à 79 g/kWh, et un coefficient de conversion entre énergie primaire et énergie finale de l’électricité de 2,3 (contre 2,58 jusqu’ici). Pour le SER, 3 leviers importants doivent désormais, être priorisés. « Un niveau d’isolation et de conception bioclimatique efficient, avec un niveau de BBio référence exigeant pour mieux intégrer la récupération des apports gratuits internes et solaires pour réellement décarboner le secteur du bâtiment. Cette exigence en matière de réduction des consommations doit nécessairement s’accompagner d’un développement massif des énergies renouvelables afin de couvrir les besoins résiduels. » Deuxième levier, « la mise en place d’un ratio de chaleur renouvelable contraignant est donc essentielle pour que le déploiement des productions de chaleur renouvelable (aérothermie/géothermie, biomasse, solaire, énergies fatales) permette aux bâtiments neufs de tendre vers la neutralité carbone. » Dernier axe, « la valorisation de l’électricité renouvelable produite in situ à la fois sous forme d’autoconsommation mais aussi d’injection sur le réseau électrique doit être prise en compte afin de favoriser le développement de réseaux locaux intelligents et de territoires à énergies positives. »