Le monde devra engager des transformations drastiques et immédiates s’il veut avoir quelques chances de rester sous le seuil critique de 1,5 °C de réchauffement, limite la plus ambitieuse fixée par l’accord de Paris, souligne un projet de rapport du groupe des experts du climat de l’ONU (Giec) dévoilé le 11 janvier. Vu la persistance des gaz dans l’atmosphère, le monde n’a plus devant lui que 12 à 16 ans d’émissions au rythme actuel, s’il veut garder 50 % de chances de s’arrêter à ce niveau de température, explique ce rapport commandé au Giec après l’adoption de l’accord de Paris fin 2015 et qui doit être publié à l’automne 2018. Le « seul » moyen de rester à +1,5 °C est d’« accélérer la mise en œuvre d’actions rapides, profondes, multi-sectorielles », avance le projet de texte : réduire « fortement » la demande d’énergie par habitant, développer les énergies renouvelables (qui doivent devenir source dominante d’énergie primaire à partir de 2050), décarboner le secteur électrique d’ici la moitié du siècle, en finir « rapidement » avec le charbon.
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Les CTE sur les rails
« Les premiers contrats de transition écologique (CTE) seront signés au cours du deuxième trimestre 2018, en concertation avec tous les acteurs des collectivités engagées, en vue d’une expérimentation dans une quinzaine de territoires en 2018 », a annoncé Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, à l’occasion d’un déplacement à Arras le 11 janvier, où le gouvernement a lancé la négociation d’un premier CTE, avant la Corrèze le lendemain. Ces CTE sont censés accompagner des territoires qui ont connu des difficultés industrielles, qui nécessitent un accompagnement social de la transition énergétique (par exemple là où doivent fermer les centrales à charbon) mais aussi des territoires « vertueux » en avance sur la transition. Le ministère fait état, dans un communiqué, de 6 principaux axes pour les futurs contrats : des partenariats au plus proche de la réalité locale – une collaboration à tous les échelons territoriaux – pour la première fois, les entreprises locales pleinement associées – une logique de guichet unique pour le financement des projets – un accompagnement de l’État par une équipe dédiée et une quinzaine de démonstrateurs en 2018.
La compétitivité bientôt réalité
Les coûts de l’éolien et du solaire vont encore baisser fortement ces prochaines années au point que ces deux énergies seront globalement moins chères que les énergies fossiles (fuel, gaz, charbon), mais les autres énergies vertes progressent également rapidement, estime l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) dans une étude, publiée le 15 janvier, sur les coûts des énergies vertes. Dans les deux prochaines années, les coûts moyens des renouvelables devraient atteindre entre 30 et 100 $/MWh en fonction des technologies, quand les énergies fossiles affichent des coûts entre 50 et 170 $/MWh, note le document. « Se tourner vers les renouvelables […] n’est plus simplement une décision faite au nom de l’environnement mais, de plus en plus largement, une décision économique intelligente », explique Adnan Z. Amin, directeur général de l’Irena, cité dans le communiqué. Au-delà de l’éolien et du photovoltaïque, la baisse des coûts s’observe aussi pour les autres énergies renouvelables, note l’Irena. L’an dernier, des projets dans la géothermie, la biomasse ou l’hydroélectricité se sont ainsi développés avec des coûts autour de 70 $/MWh. Le solaire à concentration et l’éolien en mer font également des progrès et certains projets qui seront mis en service d’ici 2020 et 2022 coûteront entre 60 et 100 $/MWh, prévoit l’Irena. « Cette nouvelle dynamique témoigne d’un changement significatif de modèle énergétique », selon M. Amin.
La R&D à l’honneur
Le gouvernement souhaite encourager « les efforts de recherche et de développement dans toutes les filières d’excellence des énergies renouvelables [notamment] grâce au Programme des investissements d’avenir (PIA) », a annoncé Nicolas Hulot le 8 janvier dans un communiqué. Un « Concours d’innovation », organisé via BPI France et l’Ademe, remplace désormais les appels à projets « Initiative PME ». Il s’inscrit dans le Grand plan d’investissement de 57 milliards d’euros, annoncé en juillet 2017, avec des priorités sur la neutralité carbone et la compétitivité des énergies. Un appel à projets pour des démonstrateurs sera également lancé, toujours par l’Ademe, au cours du premier trimestre de 2018. « Dans le cadre du PIA3, qui commence cette année, cet appel à projets s’adressera plutôt à des consortiums », a expliqué David Marchal, chef de service adjoint Réseaux et énergies renouvelables au sein de l’Agence, le 9 janvier, à l’occasion de la présentation du Baromètre 2017 des énergies renouvelables électriques d’Observ’ER. Les projets seront ainsi plus importants et concerneront la mise au point pré-commerciale de nouvelles technologies de renouvelables, de stockage d’énergie ou de gestion des réseaux intelligents, avant une mise sur le marché.
Les énergies renouvelables électriques en progression
Le parc français installé s’est accru de 2,4 GW de puissance supplémentaire en 2017, explique l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER, éditeur du Journal des Énergies Renouvelables) dans son Baromètre 2017 des énergies renouvelables électriques, dévoilé le 9 janvier. Ce chiffre est supérieur à la progression enregistrée en 2016 (+2,3 GW), il porte la puissance globale à presque 49 GW. Ainsi, « l’objectif 2018 de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) était atteint à 92 % à la fin de 2017 », selon Frédéric Tuillé, responsable des études de l’association. Il ressort également que l’ensemble des filières électriques renouvelables cumule près de 44 500 emplois directs en France et génèrent un chiffre d’affaires conséquent de 15,2 milliards d’euros. Pour 2018, trois évènements pourraient impacter fortement le développement des énergies renouvelables, au premier rang desquels les discussions autour de la PPE, a affirmé Vincent Jacques le Seigneur, président d’Observ’ER. La réécriture des schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) et la mise en pratique des ambitions photovoltaïques annoncées récemment par EDF sont également plus qu’attendus. Ce, dans l’optique d’un « green new deal« , annoncé par Nicolas Hulot pour 2018.
Les métaux critiques à l’étude
L’Institut français des relations internationales (Ifri) s’est penché sur un sujet aussi majeur que sensible pour le développement des énergies renouvelables dans une étude publiée le 4 janvier et intitulée La transition énergétique face au défi des métaux critiques. Une domination de la Chine ? « Les enjeux sont ici géopolitiques, économiques, environnementaux, et sont dramatisés par une géographie de la production resserrée autour de quelques pôles producteurs (Chine, Amérique latine, Australie, Congo principalement) », rappelle son auteur, qui préconise notamment la systématisation du recyclage pour que l’Europe garde la main sur cette matière première indispensable. « À défaut de pouvoir relancer une exploration minière ambitieuse, l’UE doit ici investir dans des matériaux alternatifs et dans la constitution de filières de recyclage pour que la transition énergétique ait des retombées tangibles en termes d’emplois industriels sur son territoire », explique l’étude, qui tempère cependant la notion même de criticité. Celle-ci prête en effet « à discussion tant l’équilibre entre l’offre et la demande varie selon les métaux considérés et évolue au fil du temps. »
L’Actu EnR revient le 9 janvier
En raison des fêtes de fin d’année, L’Actu EnR fait une petite pause et reviendra mercredi 10 janvier. Toute l’équipe du Journal des Énergies Renouvelables et d’Observ’ER souhaite de très joyeuses fêtes aux lecteurs de L’Actu et leur donne rendez-vous en 2018 pour une année encore plus renouvelable.
Le biométhane aura lui aussi son groupe travail
Tout comme l’éolien et le photovoltaïque, le biométhane aura son groupe de travail national piloté par le secrétaire d’état à la Transition écologique et solidaire. « Revoir l’environnement réglementaire et administratif [de cette filière] en le simplifiant et mettre en place de nouvelles méthodes de financement », tel est son objectif, énoncé par Sébastien Lecornu le 7 décembre. « Autant de sujets qui freinent actuellement, considérablement, le développement de cette filière d’excellence », a expliqué France Biométhane dans un communiqué. Le think tank n’a en effet pas tardé à « se réjoui[r] » de cette annonce. « La constitution de ce groupe de travail est une excellente nouvelle car il ne fallait pas attendre que cette filière soit tout à fait mature pour l’accompagner », a avancé Cédric de Saint-Jouan, président du think tank France Biométhane, cité dans le communiqué.
Un contrat en Chine pour Enertime
Le groupe français Enertime (cf. Le JDER n° 240) a annoncé, dans un communiqué du 12 décembre, la signature d’un contrat de vente de licence à la société chinoise Beijing Huasheng ORC Technology pour des applications de la technologie de turbine pour machine ORC. Ce contrat, précise le concepteur de modules à cycle organique de Rankine (ORC), porte sur les applications de 1 MW en récupération de chaleur industrielle moyenne et basse température sur le marché chinois. Il fait suite à une première commande signée en 2015 par ce même client pour la fourniture d’une turbine d’1 MW pour l’aciérie de Baotou Steel à Baotou.
Paris, au Sommet
Réunies à Paris le 12 décembre, des entreprises et institutions internationales ont promis de se détourner des énergies fossiles, lors du One Planet Summit, un sommet destiné à empêcher de « perdre la bataille » contre le réchauffement climatique, selon l’expression du Président français, Emmanuel Macron. La Banque mondiale a, par exemple, annoncé qu’elle arrêterait de financer après 2019 l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz, sauf « circonstances exceptionnelles ». De même, l’assureur français Axa a annoncé un désengagement accéléré de l’industrie du charbon et un groupement de plus de 200 grands investisseurs a décidé de mettre la pression sur 100 entreprises parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre, pour qu’elles adaptent leur modèle à la lutte contre le réchauffement. Certaines associations écologistes ont toutefois déploré un manque d’engagements financiers directs des États. Clôturant les débats, Emmanuel Macron, jugeant que le sommet avait permis de commencer à « rattraper un peu de terrain dans ce champ de bataille », a annoncé la création d’une plateforme en ligne « One Planet » qui regroupera toutes les initiatives. Et souhaité que cet événement se répète « chaque année » sous ce format, à Paris ou ailleurs.
