Ne pas oublier la politique de développement rural

Les synergies entre énergies renouvelables et développement rural « sont possibles, mais qu’à ce jour, elles restent pour l’essentiel inexploitées », selon un « rapport spécial » de la Cour des comptes européenne. La situation et les besoins des zones rurales devraient être davantage pris en compte dans la politique de l’UE en matière d’énergies renouvelables, notamment lors de la conception des futurs plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat, selon le rapport. Le document revient également sur le financement de projets d’énergies renouvelables par le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) et conclut que la Commission devrait, pour la prochaine période, renforcer les objectifs plus spécifiquement liés aux ENR. « Les ressources financières allouées au développement rural peuvent jouer un rôle dans la réalisation des objectifs en matière d’énergies renouvelables au niveau national et de l’UE, mais elles devraient alors profiter aux zones rurales », explique M. Samo Jereb, le Membre de la Cour des comptes européenne responsable du rapport. « La Commission européenne n’a pas fourni suffisamment de précisions ou d’orientations à cet égard. » Par ailleurs, quatorze ministres de l’Environnement de l’Union européenne, dont Nicolas Hulot, appellent à renforcer les financements « pro-climat » dans le futur budget pluriannuel de l’UE. Ils demandent à la Commission qu’« au moins 20 % » du futur budget de l’UE soit consacré à des investissements en faveur du climat, expliquent-ils dans une déclaration commune diffusée en marge d’un Conseil des ministres de l’Environnement qui s’est tenu le 5 mars à Bruxelles. Le 2 mai prochain, la Commission européenne donnera le coup d’envoi des négociations sur le futur cadre financier pluriannuel, qui fixera les balises des dépenses de l’Union sur la période 2021-2027.

EVERGAZ et SICAE-OISE s’associent sur 3 départements

Evergaz et SICAE-Oise ont annoncé le 2 mars leur association « pour développer puis détenir un ensemble de centrales biogaz dans les départements de l’Oise, la Somme et l’Aisne en partenariat avec les acteurs locaux (agriculteurs, industriels, collectivités locale…) ». Le partenariat prévoit la création d’une société de co-développement et de co-investissement SICAE-OISE/Evergaz appelée « Hauts-de-France Méthanisation ». Et en parallèle, SICAE-OISE entre au capital d’Evergaz. Les deux partenaires ont prévu d’investir 20 M€ sur 5 ans dans les projets biogaz sur ces 3 départements, dont plus de 80 % des énergies produites sont issues des filières renouvelables essentiellement éolienne et dans lesquels « il reste de belles perspectives de développement dans la méthanisation », expliquent les deux partenaires dans un communiqué.

Enedis lance deux offres expérimentales

Comme annoncé, Enedis va tester de nouveaux moyens pour mieux intégrer les énergies renouvelables au système électrique, notamment en Vendée et en Champagne-Ardennes, a-t-il annoncé le 22 février. Dès le mois prochain, la filiale d’EDF va ainsi expérimenter une nouvelle manière de raccorder un parc éolien et un parc solaire, en Vendée. Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité proposera au développeur d’accepter, par contrat, que la puissance injectée dans le réseau soit réduite, dans les premiers mois de la mise en service, en échange d’un raccordement plus rapide. « Nous souhaitons industrialiser ces offres dès l’année prochaine », a expliqué, à l’AFP, Hervé Lextrait, chef du département Producteurs d’Enedis, même si pour l’instant le cadre réglementaire manque pour généraliser ces « offres de raccordement intelligentes ». Autre expérimentation qui sera lancée l’an prochain en Champagne-Ardennes : recharger des véhicules électriques grâce au pilotage de l’électricité produite dans des parcs éoliens et utiliser les réserves de courant dans les batteries des véhicules pour aider le réseau électrique, lorsque les éoliennes ne tournent pas.

Nicolas Hulot annonce 11 nouveaux projets

Lancé en février 2016, pour un volume total de 180 MW répartis sur 3 ans, l’appel d’offres pour les installations biomasse énergie a livré sa deuxième tranche. Le ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a désigné 11 nouveaux lauréats : 9 projets pour le lot bois énergie et 2 projets de méthanisation, pour un volume total de 52,9 MW. Le tarif moyen pondéré par la puissance de ces 11 installations est de 122,50 €/MWh, un tarif comparable à celui de la première vague. Cet appel d’offres porte sur un volume annuel de 50 MW pour le bois énergie (plus de 300 kW) et de 10 MW pour de la méthanisation (plus de  500 kW). Or pour cette dernière, seul 1,3 MW ont finalement été attribués pour cette deuxième tranche, au moment où le gouvernement réfléchit à des mesures pour encourager le développement de la filière. Les lauréats bénéficieront d’un complément de rémunération garanti pendant 20 ans. La troisième (et dernière) période de candidature sera ouverte du 29 juin au 31 août 2018.

La méthanisation fait salon

Si l’annonce de fonds de prêt à la méthanisation de 100 millions d’euros a eu lieu à l’Élysée, celle-ci est au cœur des discussions du salon de l’agriculture depuis son ouverture, le 24 février. Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, y a présidé la deuxième réunion plénière du groupe de travail sur la méthanisation. Il a également décalé au 26 mars l’annonce de ses résultats, avec des réunions des sous-groupes prévues d’ici-là. Car, comme il l’a expliqué dans un entretien au Figaro, le gouvernement veut « faire du développement de la méthanisation l’un des éléments de la trajectoire énergétique française », dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), et apporter ainsi « une partie de la solution à la crise agricole dans notre pays. » Pour rappel, le fonds lancé par le Président Macron devrait être mis en place dès l’automne 2018 avec Bpifrance, dans le cadre du grand plan d’investissement agricole de 5 milliards d’euros qui doit accompagner la transformation de l’agriculture.

Un premier appel d’offres bi-technologie

Dans les tuyaux depuis mai 2017, l’Agence fédérale allemande qui gère les réseaux, Bundesnetzagentur, a annoncé le 19 février le lancement d’un appel d’offres bi-technologie éolien-solaire de 200 MW. À l’instar de la France, « c’est la première fois qu’un appel d’offres inter-technologie est lancé en Allemagne », précise le communiqué de l’Agence. Les candidats peuvent ainsi présenter aussi bien des projets éoliens que des projets solaires et doivent se conformer aux mêmes règles, notamment un prix maximum fixé à 88,4 euros/MWh. Les projets auront une puissance minimale de 750 kW tandis que les centrales solaires au sol ne pourront pas dépasser les 20 MW.

L’UE veut produire des batteries « vertes »

Les batteries électriques produites par l’UE seront « vertes », recyclables et réutilisables pour se distinguer de la concurrence, a expliqué le 20 février le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic, qui porte le projet d’une « Alliance européenne des batteries ». « Nous voulons quelque chose de différent par rapport à ce qui existe actuellement sur le marché », a souligné, selon l’AFP, le commissaire à Bruxelles, en amont du premier « Forum industriel de l’énergie propre », au cours duquel la Commission espère promouvoir son plan stratégique pour le développement de batteries électriques. Pour répondre à la demande d’ici 2025 (un marché de 250 milliards d’euros), Maros Sefcovic estime que l’UE devra se doter de 10 à 20 « giga-entreprises », et former 300 000 à 400 000 personnes pour cette production spécifique. La Commission espère que l’industrie s’engagera sur les 20 priorités identifiées pour développer le marché au sein de l’UE, avec au premier rang « la réduction de l’empreinte carbone » tout au long de la chaîne de production et du cycle de vie du produit. L’industrie a par ailleurs proposé de créer un label européen pour les batteries produites.

L’UE peut et doit faire mieux

Selon une étude commandée par la Commission européenne et réalisée par l’Irena, l’Agence internationale des énergies renouvelables, l’Union européenne pourrait atteindre une part d’énergie renouvelable dans sa consommation totale d’énergie de 34 % en 2030, contre un objectif actuellement fixé à 27 %. « Le rapport confirme nos propres observations sur la baisse importante des coûts des renouvelables ces dernières années, et la nécessité de prendre en compte ce nouvel environnement dans la fixation de notre niveau d’ambition dans le cadre des négociations à venir pour définir les politiques énergétiques de l’Europe », explique le commissaire européen à l’Action pour le Climat, Miguel Arias Canete, dans un communiqué du 20 février. Or, si les États membres s’en tiennent à leurs projets et programmes actuels, le déploiement des renouvelables n’atteindra que 24 % en 2030, prévient le rapport. L’agence insiste également sur le fait qu’un objectif ambitieux serait «?rentable?» pour les États membres. Pour autant, prévient Adnan Ami, directeur général de l’Irena, si l’UE ne prend pas les « ?bonnes décisions financières maintenant? », le bloc européen risquerait de se retrouver avec « ?de très importants actifs bloqués d’infrastructures énergétiques obsolètes? ».

Une grève le 13 mars contre l’ouverture à la concurrence

Les salariés des quelque 400 concessions hydrauliques de France sont appelés à la grève le 13 mars pour défendre le maintien dans le service public de ce secteur que la France est sommée par Bruxelles d’ouvrir à la concurrence, a appris le 13 février l’AFP de sources syndicales. Cet appel à l’initiative de l’intersyndicale CFDT, CGT, CFE-CGC et FO intervient après une rencontre la semaine dernière avec le cabinet du Premier ministre et alors que le gouvernement semble vouloir accélérer sur ce dossier, selon les syndicats qui refusent que soient « bradés » les barrages. Pour rappel, Bruxelles a mis en demeure la France, en octobre 2015, d’ouvrir à la concurrence ses concessions. Propriétés à 100 % de l’État, les barrages sont actuellement concédés en très grande majorité à EDF, qui détient environ 85 % de la puissance installée, et à Engie, via ses filiales Compagnie nationale du Rhône (CNR) et Société hydroélectrique du Midi (Shem).

Enfin de bonnes nouvelles

« Nous savons qu’il suscite encore des débats, que nous avons à nous convaincre collectivement de la maturité de cette technologie. Nous engagerons pour cela dans l’année des études préliminaires au lancement d’un appel d’offres pré-commercial sur l’hydrolien », a annoncé Sébastien Lecornu, le 8 février, en clôture du colloque du SER. L’appel d’offres commercial, lui, aurait lieu en 2019. Ces études techniques préliminaires sur les zones du Raz Blanchard, en Normandie, et du Fromveur, près de l’île d’Ouessant, étaient fortement attendues par la filière et les récentes annonces de Nicolas Hulot n’avaient pas rassuré grand monde. D’autant plus depuis l’abandon par Naval Énergies de l’expérimentation menée sur le site de Paimpol-Bréhat, en Bretagne.