À Toulouse, les boues se transforment en biogaz

Le 15 novembre dernier, a été inaugurée l’unité de méthanisation de Ginestous-Garonne située à Toulouse. Construit sur le site de la station d’épuration de Ginestou, le méthaniseur est alimenté par les boues des eaux usées de la métropole toulousaine et le biogaz produit sera épuré et injecté sous forme de biométhane dans le réseau de GRDF. La production attendue est de 52 GWh annuels en augmentation progressive pour atteindre 61 GWh dans 15 ans. La mise en service de l’unité de méthanisation va par ailleurs permettre la fermeture de la plateforme de compostage des boues à l’origine de fortes nuisances olfactives et dénoncées depuis plusieurs années par les riverains. Près de 34 millions d’euros ont été investis dans ce projet, financé à 67% par Toulouse métropole, avec le soutien de la Région, de l’Ademe et de GRDF.

Enquête annuelle du SNCU : peut mieux faire

Le Syndicat National du Chauffage Urbain (SNCU) a présenté le 9 novembre son enquête annuelle sur les réseaux de chaleur et de froid pour 2020. Il ressort que le chauffage par les 833  réseaux de chaleur du territoire a livré 25,4 TWh net sur l’année 2020  (contre 25,6 TWh en 2019) pour une production brute de 30,4 TWh, soit 5,65 millions de tonnes de CO2 évitées. Le taux d’énergie renouvelable et de récupération utilisé dans les réseaux de chaleur augmente peu (+1,1 %) et atteint 60,5 %, dont la majorité (28,3 %) provient d’unités de valorisation énergétique des déchets, et de biomasse (21,2 %). Avec un contenu carbone de 129 g/kWh en analyse de cycle de vie, l’Ademe estime le coût de la tonne équivalent CO2 évitée par les réseaux de chaleur à 37 €, soit un prix inférieur à ceux pour l’éolien, le photovoltaïque ou les pompes à chaleur. Les 33 réseaux de froid, puisant l’eau dans les rivières, en mer ou dans les nappes géothermiques, ont quant à eux livré 0,81 TWh en 2020 (contre 0,96 TWh en 2019) avec un contenu moyen de 11 gCO2 / kWh. La présidente du SNCU pointe les besoins de soutenir le développement de tels réseaux par des subventions ciblées ainsi que la sensibilisation des élus. L’Île-de-France est toujours de loin la première région en termes de réseaux de chaleur (115) et de froid (9), mais aussi celle avec un des plus forts taux d’énergie fossile (46 %). Au niveau national, le gaz représente plus d’un tiers de l’énergie utilisée, malgré des objectifs d’utilisation de la part de la biomasse, de la géothermie et des déchets dans le mix énergétique national devant encore tripler à l’horizon 2030.

Une centrale hydroélectrique à Vichy

La filiale d’EDF, SHEMA, vient d’annoncer le début des travaux de la nouvelle centrale hydrolélectrique de Vichy (Allier) qui fait partie des sites retenus par le ministère de la Transition écologique, dans le cadre d’un appel d’offre lancé en 2016. Le site, constitué de deux turbines sera construit sur la rivière Allier en aval du pont barrage avec l’intégration d’une nouvelle passe à poissons dans le cadre de la préservation de la faune piscicole. Selon la filiale d’EDF, la centrale, d’une puissance de 3,5 MW, produira de l’électricité pour la consommation de 7 600 personnes soit environ 30 % de la population de Vichy. La fin des travaux de l’ouvrage est prévue pour 2023.

Autoconsommation collective et stockage hydrogène

Précurseur au niveau européen, le quartier bas carbone Atlantech, situé dans l’agglomération rochelaise, est un site pilote dans les domaines de l’efficacité énergétique, de l’écoconstruction, du développement durable et de la mobilité douce. Parmi les différentes technologies développées, vient d’être inauguré un démonstrateur d’autoconsommation collective relié à un électrolyseur qui produit de l’hydrogène pour stocker le surplus d’électricité et alimenter des offres de mobilités décarbonées. Il s’agit d’une ombrière de parking équipée de 304 kW photovoltaïques, qui alimente à 100 % en autoconsommation quatre points de livraison : le bâtiment du pôle d’innovation Lab’In Tech ainsi que des bornes de recharge d’éclairage public et de véhicules électriques. Le système est relié à un électrolyseur de 138 kW, qui produira 3 tonnes d’hydrogène par an. L’objectif est d’explorer l’ensemble de la chaîne de valeur de la boucle énergétique et de comprendre comment le solaire et l’hydrogène peuvent s’associer et s’optimiser. Aujourd’hui stocké dans des bonbonnes, l’hydrogène sera disponible à la pompe dans les mois qui viennent pour des véhicules du site équipés : voiture, vélos, vélos cargo, etc. Ce premier démonstrateur a pour vocation d’être déployé sur l’ensemble du site Atlantech à travers une boucle à l’échelle de tout le quartier. Certains bâtiments étant parfois excédentaires en énergie et d’autres déficitaires, le mix des usages : bureaux, habitations, enseignement, services assurera un équilibre et optimisera la répartition de l’autoconsommation sur le site. Ainsi, la production photovoltaïque des habitations pourra alimenter les besoins des bureaux plus importants en semaine et l’inverse le week-end lorsque les habitants sont chez eux.

Bolloré Energy se lance dans les biocarburants

Depuis quelques semaines, Bolloré Energy, filiale du groupe Bolloré, commercialise un carburant 100 % biodiesel (B100), baptisé Koolza 100. Ce carburant alternatif est produit uniquement à partir de colza cultivé et transformé en France. Bolloré Energy vient ainsi concurrencer d’autres groupes déjà sur le marché comme Oleo100, filiale du groupe Avril, ou encore Altens avec cependant toujours l’épineux débat de l’utilisation de terres agricoles pour des besoins non alimentaires. Réservé à une clientèle de professionnels (transporteurs, industrie ferroviaire, etc.), le Koolza 100 est compatible avec la plupart des camions disponibles. « Ce nouveau produit constitue une alternative écologique au diesel fossile avec une autonomie équivalente. Il permet notamment de réduire les émissions de CO2 de 60 % et les émissions de particules fines de 80 % », annonce Bolloré Energy ajoutant « contrairement au produit fossile, il n’est pas classé comme un produit dangereux ou nocif pour l’environnement ». Dès 2022, plus de 30 % des livraisons du B100 par ses fournisseurs seront également effectués par des camions utilisant ce nouveau carburant avec l’objectif d’atteindre 100 % en 2023. Le Koolza 100 peut également trouver des débouchés dans le transport ferroviaire puisque Bolloré Energy le teste sur des trains entre Paris et Granville (Manche). Les quinze trains de cette ligne ont une motorisation bi-mode. La voie n’est en effet électrifiée que jusqu’à Dreux (Eure-et-Loir), obligeant ensuite à recourir au moteur diesel.

Hydrogène issu de la biomasse

Les Établissements Roussel, Haffner Energy et le groupe Thevenin & Ducrot annoncent le lancement du projet de production d’hydrogène à partir de biomasse, comprenant également une station multi énergie, un ensemble de véhicules lourds à hydrogène, et des tube-trailer (conteneurs spéciaux pour le stockage et le transport d’hydrogène). Ce projet se base sur la technologie HYNOCA,développée par Haffner Energy, qui exploitera de la biomasse locale (issue d’exploitation agricole, forestière et viticole) collectée et traitée par les Établissements Roussel, entreprise familiale spécialisée dans le bois énergie. Forte du dépôt de 14 familles de brevets, HYNOCA permettrait de produire et de distribuer localement, à partir d’un combustible très accessible, de l’hydrogène sans dépendance à l’électricité. La distribution aux clients s’effectuera grâce à une nouvelle station multi-énergie de Thevenin & Ducrot (copropriétaire de la marque AVIA). Cette station d’une capacité de 720 kg d’hydrogène vert par jour sera construite à Montmarault, dans l’Allier, pour une mise en service prévue en 2023. Il s’agit du premier projet du plan de Thevenin & Ducrot consistant à déployer une filière hydrogène sur aire de service et qui devrait être suivi d’un second de taille équivalente à Chamboeuf, en Côte-d’Or. Hors achat des véhicules, l’investissement total pour ces deux projets s’élève à près de 30 millions d’euros. Le projet est également cofinancé par Jean-Paul Fargheon, un tiers-investisseur privé désireux de participer à la création de la filière hydrogène.

RTE dévoile ses scénarios 2050

Lundi 25 octobre, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, a présenté les principaux résultats de son rapport « Futurs énergétiques 2050 » et c’est peu dire qu’ils étaient attendus. Lancé en 2019 à la demande du gouvernement, cet exercice prospectif dresse trois trajectoires d’évolution de la consommation électrique. Une trajectoire dite « de référence » mènerait la consommation nationale à 645 TWh en 2050, soit une augmentation de 35 % par rapport à aujourd’hui, une trajectoire  « sobriété » placerait la consommation à 555 TWh/an et une troisième alternative, baptisée « réindustrialisation profonde », se solderait par une consommation de 755 TWh/an. Les 6 scénarios de production électrique présentés lundi s’inscrivent dans la trajectoire de référence, les scénarios correspondant aux autres trajectoires devant être publiés d’ici mars prochain. Ils s’intègrent tous dans le cadre de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) adoptée en 2020. Chacun de ces scénarios permet ainsi non seulement de garantir la sécurité d’approvisionnement à tout moment, mais aussi d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Deux familles de scénarios ont été développées. D’une part, les trois options « N » (N1, N2 et N03) prévoient le déploiement de nouveaux réacteurs nucléaires (de huit à quatorze selon les scénarios), ainsi que le prolongement jusqu’à soixante ans d’une partie du parc actuel (pour l’option N03). L’énergie nucléaire fournirait alors entre 25 % et 50 % de l’électricité produite en France, associée cependant à une part importante de renouvelables car ces technologies pèseraient entre 50 % et 75 % dans ces scénarios  « avec nucléaire ». L’autre famille est celle des options « M » qui décrivent un mix basé à 100 % sur les énergies renouvelables en 2050 (M0) ou 2060 (M1 et M23), avec des variantes dans leur mode de développement. Ainsi dans le scénario médian (M1), le photovoltaïque atteindrait 214 GW de capacité raccordée, dont 35 GW dans le secteur résidentiel. Cela reviendrait à équiper une maison sur deux en panneaux photovoltaïques en autoconsommation partielle. L’éolien terrestre se situerait à 59 GW, soit 3,5 fois plus qu’aujourd’hui, auquel devraient s’ajouter 45 GW d’éolien en mer (contre 0 GW aujourd’hui). Suivant les trois scénarios « M », en 2050, le solaire occuperait de 0,1 à 0,3 % du territoire et la France compterait de 14 000 à 35 000 éoliennes, contre environ 8 500 à l’heure actuelle. Enfin, pour chaque option, qui désigne donc un système électrique global en 2050, est estimé son coût complet à l’horizon 2060. Les résultats vont de 59 milliards d’euros par an (scénario N03 avec 50 % de nucléaire en 2050) à 80 milliards d’euros par an (scénario M1, avec 100 % d’énergies renouvelables en 2060). Selon RTE, cette différence de coût se justifie essentiellement par la restructuration du réseau électrique nécessaire au développement massif des énergies renouvelables et par les dispositifs de flexibilité destinés à pallier les variations de la production renouvelable. Mais en cas de dérive des délais et des coûts de construction de nouveaux réacteurs nucléaires, comme l’expérimente actuellement l’industrie nucléaire avec les EPR de première génération, le bilan économique serait équivalent pour les deux scénarios. Les nouveaux réacteurs nucléaires envisagés, EPR2 et les petits réacteurs modulaires (SMR), n’existent encore que sur le papier en France.Pour Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, cet exercice doit contribuer à un débat « le plus éclairé et le plus documenté possible » mais il avance également qu’il y a désormais « urgence à choisir une orientation ». « Nous sommes dans une course contre la montre pour répondre à la crise climatique. Tous les scénarios nécessitent des investissements considérables sur lesquels il est temps de prendre une option ».

Air Liquide rachète H2V Normandy

Air Liquide a annoncé le 20 octobre le rachat de la société H2V Normandy à H2V Product, en portant sa participation à 100 %, contre 40 % auparavant. Rebaptisée Air Liquide Normand’Hy, la société porte un projet d’installation d’électrolyseurs situés dans la zone industrielle de Port-Jérôme (Seine-Maritime) devant entrer en service en 2025. Avec ses 200 MW de capacité, il fournira jusqu’à 28 000 tonnes d’hydrogène vert par an pour des applications industrielles et de mobilité lourde, et évitera ainsi 250 000 tonnes de CO2. La technologie d’électrolyseur retenue est celle des membranes échangeuses de protons (PEM). Ce projet est notamment qualifié pour le deuxième tour de l’appel à projets European Union Emissions Trading System (EU ETS) Innovation Fund 2020, et a été notifié par les autorités françaises à la Commission européenne dans le cadre de l’appel à Projet Important d’Intérêt Européen Commun (PIIEC) concernant l’hydrogène. D’ici 2030, Air Liquide prévoit de porter sa capacité de production d’hydrogène par électrolyse à 3 GW.

Le scénario NégaWatt nouveau est arrivé !

Avant une publication officielle mardi 26 octobre, l’association d’experts indépendants NégaWatt vient de dévoiler les premiers éléments de son nouveau scénario à 2050. Plus qu’un simple exercice de projection énergétique, Negawatt propose à travers son travail un véritable projet de société qui couvre de nombreux aspects (énergie, économie, santé…). L’un de ses messages forts étant « Pas de transition écologique sans transition sociétale ». À partir d’une ligne de conduite basée sur deux objectifs, la neutralité carbone en France en 2050  (émissions « importées » incluses) et la réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau européen d’ici à 2030, le scénario négaWatt conclut à la possibilité d’un mix énergétique reposant à 100 % sur des énergies renouvelables. Afin d’y parvenir, la première des conditions est une sobriété de la demande en divisant par deux la consommation d’énergie finale du pays en 2050 par rapport à aujourd’hui. Cela doit passer par une accélération de la rénovation énergétique des bâtiments et sur une évolution plus rapide des modes de mobilité. Côté production d’électricité, le scénario prévoit un parc reposant principalement sur l’éolien (pour 300 TWh de production annuelle en 2050), le photovoltaïque (160 TWh) et le biogaz (140 TWh). Il ne serait alors plus nécessaire de conserver un parc nucléaire. Aucun des 56  réacteurs actuellement en activité ne serait prolongé au-delà d’une durée de fonctionnement de cinquante ans, certains seraient arrêtés dès quarante ans et aucun nouveau réacteur ne serait mis en service. En complément du volet énergétique, le nouveau scénario propose deux autres volets analytiques : négaMat et Afterres 2050. Le premier porte sur l’évolution de la consommation des matériaux et des matières premières, le second est consacré à la transition agroalimentaire. Au-delà de la seule question du bilan énergétique français, une telle transition conduirait à éviter plus de 10 000 décès par an entre 2035 et 2050 liés à la pollution et permettrait de créer jusqu’à 300 000 emplois dans le secteur de la rénovation des bâtiments et 135 000 dans celui des énergies renouvelables.

Récupérer la chaleur du bitume

Le CEA avait déjà approuvé l’idée de l’entreprise de travaux publics Eurovia, selon laquelle la chaleur estivale du bitume peut être valorisée énergétiquement, grâce au dispositif Power-Road. La chaleur est collectée grâce à un échangeur thermique, constitué de tubes dans lesquels circule un fluide caloporteur, disposé à l’horizontale et positionné sous la couche de roulement, n’entravant ainsi pas les autres usages de la route. Sur le salon lyonnais Pollutec, mercredi 13  octobre, la filiale de Vinci a présenté les résultats d’une seconde étude, réalisée quant à elle par le BRGM, et qui prouve que sa technologie Power Road peut utiliser le sous-sol comme solution de stockage intersaisonnier. « Pour rester dans une géothermie de minime importance, avec un cadre réglementaire simplifié, nous nous sommes appuyés sur un champ de sonde. En circuit fermé », rapporte Antoine Voirand, spécialiste de la géothermie et du stockage d’énergie au BRGM. L’énergie collectée sous le bitume peut en effet être envoyée et stockée dans le sous-sol grâce à des sondes géothermiques. Antoine Voirand a modélisé un bâtiment ayant besoin à la fois de chauffage et de rafraîchissement, avec une pompe à chaleur géothermique alimentée par ces sondes chauffées par l’énergie emmagasinée grâce à Power Road. Le coût global d’un tel système pourrait d’après ses calculs diminuer de 10  à 35 % sur vingt-cinq ans celui d’une installation sans stockage intersaisonnier. Notamment parce que le besoin de sondes dans le sol est moindre. De même que la consommation de gaz pour l’appoint. « Les technologies sont matures, ce sont des solutions de géothermie et des pompes à chaleur, souligne Sandrine Vergne, responsable du développement de cette offre chez Eurovia. L’innovation, c’est le captage de l’énergie solaire thermique de la chaussée. » D’ores et déjà testée en conditions réelles pour chauffer des bâtiments ou déneiger des routes, cette solution pourra, selon l’entreprise, être déployée sur quelques dizaines de mètres carrés dans un lotissement, comme sur des surfaces de plusieurs milliers de mètres carrés.