D’après l’AIE, 2020 donnera lieu à l’installation d’un moins grand volume de capacités renouvelables électriques qu’en 2019, et c’est la première fois que ces marchés ne sont pas à la hausse d’une année sur l’autre, principalement du fait de la crise du Covid-19. Malgré cela, ces secteurs ont montré une forte résilience et les projets retardés devraient se rattraper en 2021. Concrètement, cette année, 13 % de capacités en moins seront mises en service par rapport à 2019, soit 167 GW de nouvelles capacités seulement d’après le rapport Renewable Market Update publié le 20 mai. Cela correspondra toujours à une croissance de 6 % des capacités renouvelables installées dans le monde à la fin de l’année 2020, soit davantage que la capacité totale installée en Europe et Amérique du nord combinées. Beaucoup de projets faisaient déjà face à des difficultés de financement, d’intégration sur le réseau et à des incertitudes politiques lorsque la crise sanitaire est survenue. Cependant elle est également l’occasion pour de nombreux gouvernements de repenser la relance via un soutien accru aux technologies renouvelables. L’AIE insiste sur le fait que l’impact du Covid-19 va bien au-delà du secteur électrique, et que la transition vers une société décarbonée doit se faire dans le reste de l’économie également, comme le transport et la chaleur. La production de chaleur renouvelable est également prévue à la baisse en 2020, et la chute récente des prix du pétrole et du gaz risque de heurter la compétitivité des sources d’énergie renouvelables en l’absence de politiques publiques de soutien supplémentaires.
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La « vallée de la mort » pour les centrales lignites
Selon une récente étude de l’organisme allemand Oeko Institut, le secteur des centrales électriques allemandes au lignite serait entré dans une zone qualifiée de « vallée de la mort ». La lourde chute des prix de référence de l’électricité en Allemagne (- 18% en 2020 pour atteindre environ 36,50 € / MWh) a conduit à une surabondance de charbon et de gaz dans le pays. « Aux prix actuels de l’électricité et du carbone, les usines de lignite ayant une efficacité moyenne de 35 % n’ont aucune chance de couvrir leurs coûts de personnel et principaux coûts d’entretien », a déclaré Felix Matthes, responsable de la recherche énergétique et climatique à Oeko Institut. À ce niveau, les opérateurs chercheraient davantage à mettre hors service les centrales électriques plutôt que de se voir imposer des modifications majeures de la part d’une future réglementation ou des syndicats. Ce constat s’applique essentiellement aux centrales construites ou modernisées avant 1995 mais concerne également de plus en plus des sites plus récents construits après 1995. Les opérateurs seraient tentés de fermer ces centrales si leurs marges tombaient en dessous d’un seuil de 6 € / MWh. Une loi de sortie du charbon pour l’Allemagne doit être mis en consultation publique à la fin du mois de mai. L’un des principaux enjeux sera d’accompagner financièrement le secteur à la fermeture des sites.
Vers un 6e mégaprojet de centrale hydroélectrique ?
Le 11 Mai, la Commission du Mékong a annoncé la volonté du Laos d’entreprendre le processus de consultation préalable pour son 6e projet de centrale hydroélectrique, la centrale Sanakham de 684 MW. Situé à 2 km en amont de la frontière avec la Thaïlande, la centrale au fil de l’eau mesurera 350 m de long et 58 m de hauteur, et comptera 12 turbines de 57 MW chacune. Le gouvernement du Laos a fourni un ensemble d’études techniques, dont une analyse d’impact environnementale et de la pêche sur les membres de la Commission du Mékong, le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam. Le projet estimé à 2 milliard de $ est prévu pour débuter en 2020, pour une mise en service en 2028, afin d’exporter la majorité de l’énergie produite vers la Thaïlande. Le projet nécessitera l’accord de la Commission, qui est notamment préoccupée par le destin des communautés vivant sur les rives du fleuve, sujet clivant mis en avant par de nombreuses ONG. La consultation devrait durer au moins 6 mois.
Le biométhane poursuit sa croissance
Sia Partners vient de publier mardi 12 mai son cinquième observatoire du biométhane en France. La filière se porte bien et le nombre d’unités installées connait une forte croissance depuis la mise en place des tarifs d’achat en 2011. Avec 47 unités de méthanisation raccordées en 2019, soit une hausse de 62 % par rapport à 2018, la filière française est considérée comme la plus dynamique d’Europe. Une croissance qui devait se poursuivre en 2020 avec une perspective de 200 unités raccordées aux réseaux d’ici la fin de l’année. Mais la crise sanitaire liée au Covid-19 aura un impact direct sur la filière : ralentissement des chantiers, révision des financements, études à l’arrêt… Pour limiter ces effets le gouvernement annonce deux principales mesures : des délais supplémentaires octroyés aux projets en cours pour réaliser leur mise en service ainsi qu’une suspension des contrats d’achat pour les producteurs en difficulté.
Face à la crise économique liée au Covid-19, l’Oxford Review of Economic Policy vient de publier une étude sur les potentialités de différents types de politiques de relance face au double objectif de relancer l’économie et d’intensifier la lutte contre le réchauffement climatique. Le prix Nobel Joseph Stiglitz et Lord Nicholas Stern de la London School of Economics sont co-auteurs du rapport ; l’auteur principal est le professeur Cameron Hepburn de la Smith School of Enterprise and the Environment de l’université d’Oxford. Ils ont interrogé en avril dernier 231 fonctionnaires des finances, des banquiers centraux et des experts sur les cinq continents quant à différentes politiques de relance. En combinant les réponses, les auteurs relèvent cinq points économiquement et climatiquement efficaces : investir dans des infrastructures d’énergies renouvelables et de capture et stockage de carbone ; dans l’efficacité énergétique des bâtiments ; dans l’éducation et la formation pour répondre au chômage immédiat ; dans la régénération et la résilience des écosystèmes (en particulier l’agriculture raisonnée) et dans la recherche et développement « propre ». Selon Cameron Hepburn, « Quand on investit dans les énergies renouvelables, cela génère à court terme plus d’emplois, précisément quand on en a besoin, et permet à long terme de disposer d’énergie à un coût très limité. ». Les auteurs évaluent à six mois la période de temps qu’il reste pour prendre les bonnes décisions et mettre l’économie sur la route d’une décroissance durable des émissions de gaz à effet de serre.
Chiffres de marché 2019
Observ’ER vient de mettre en ligne son étude sur le marché 2019 des pompes à chaleur dans le secteur du résidentiel (jusqu’à 30 kW). Avec 815 400 PAC air/air et air/eau vendues, auxquelles s’ajoutent 118 380 chauffe-eau thermodynamiques (CET), les technologies aérothermiques progressent de 34 % et réalisent une très belle année. Pour les pompes à chaleur de type air/eau, le marché a été très fortement porté par la mesure Coup de Pouce Chauffage mise en place en janvier 2019. Destinée à accélérer le remplacement des chaudières les plus anciennes, et donc les plus polluantes, cette mesure propose aux particuliers des aides pour l’achat de différents équipements de chauffage dont les chaudières biomasse, les systèmes solaires ou les PAC eau/eau ou air/eau. Parmi l’ensemble des options possibles, les pompes à chaleur air/eau sont les principales bénéficiaires de cette mesure. A la différence des autres technologies, elles bénéficient d’un réseau commercial très bien implanté en France et elles sont familières à un grand nombre d’installateurs. Le résultat a été une croissance de 80 % de leurs ventes en 2019. Les pompes à chaleur air/air restent les plus diffusées avec une activité portée à la fois par le remplacement d’anciens systèmes de chauffage électrique et par l’équipement de logements neufs. En 2018 et 2019, ce segment a également profité de deux périodes estivales très chaudes, comportant parfois des épisodes de canicules comme en 2019, ce qui a eu un effet direct sur les ventes, puisqu’elles peuvent être utilisées en mode climatisation. Pour les pompes à chaleur géothermiques, le bilan est inverse car les ventes restent à un niveau désespérément bas (3 300 pièces). Le contexte général du segment reste inchangé : une technologie très mal connue du grand public et des équipements chers à l’achat qui dissuadent la grande majorité des particuliers d’envisager plus avant ces solutions qui ont pourtant un très bon rendement énergétique.
Lutte contre la précarité énergétique et mesures pour dépasser la crise sanitaire vont de pair
Dans un communiqué de presse du 6 mai l’IRENA a annoncé avec l’ESCAP (United Nations Economic and Social Commission for Asia and the Pacific) vouloir préparer l’après-crise afin de fournir de l’énergie renouvelable aux systèmes de santé et à l’économie. Les propositions concerneront à la fois les problématiques court-terme de gestion de crise et les sujets de moyen et long termes pour soutenir l’économie et confirmer l’amélioration sanitaire. La région abrite la moitié de la population mondiale et est particulièrement dépendante des énergies fossiles. De plus, l’ESCAP affirme que 200 millions de personnes vivent sans accès à l’électricité et 1,2 milliard ne disposent pas d’appareils de cuisson neutres pour la santé. La secrétaire exécutif de l’ESCAP Armida Alisjahbana a énoncé le besoin pour les différentes parties prenantes d’adopter la devise « no more business as usual » afin d’inclure davantage de soutenabilité sociale et environnementale dans leurs décisions stratégiques. Avec les baisses budgétaires, les États risquent de délaisser l’accès à l’énergie à court terme dans les régions les plus pauvres et rurales, ce qui pourrait sévèrement impacter leur capacité de réaction pour aider les patients atteints du covid-19 (transport et réfrigération des vaccins). Pour y arriver, les solutions décentralisées de production d’électricité comme le PV seraient plus simples et rapides à mettre en place, et celles pour la cuisson propre pourraient limiter le dangereux cocktail covid-particules fines. C’est également une question d’indépendance énergétique pour ces États, qui, sur les moyen et long termes, pourraient trouver dans les énergies renouvelables, des solutions accessibles pour combattre la précarité énergétique et le changement climatique et créer des emplois locaux.
Outil d’optimisation de la demande d’énergie
Le 22 avril, à l’occasion de la Journée de la Terre, Google a présenté son nouvel outil de d’optimisation énergétique actuellement testé dans ses data centers. Développé sous le nom de « plateforme intelligente de calcul carbone » il s’agit d’un outil capable d’optimiser la consommation énergétique suivant les meilleures heures de production d’électricité renouvelable. En effet, l’outil permet de prévoir les tâches que doivent effectuer les data centers, ainsi que d’anticiper les pics de production solaire et éolienne journaliers et, ainsi de créer un nouvel emploi du temps afin de synchroniser les tâches énergivores avec ces moments. Sans que cela n’affecte l’utilisation des services comme Maps ou Youtube fonctionnant tout au long de la journée, il permet de décaler les missions les moins urgentes dans le planning, comme les mises à jour de base de données Google Translate. L’entreprise prévoit à terme de déployer ce système dans tous ses sites, et devrait publier une étude détaillée courant 2020.
Webinaire sur les résultats du 19e baromètre annuel EurObserv’ER
Jeudi 23 avril s’est tenu un webinaire entièrement dédié aux résultats de la 19e édition de l’État des énergies renouvelables en Europe, une publication réalisée chaque année par le consortium EurObserv’ER et disponible en ligne depuis fin février. Cet ouvrage de référence présente le bilan du développement énergétique, économique et technique de l’ensemble des technologies renouvelables au sein de chacun des pays membres de l’Union européenne. Animé par l’allemand RENAC, en charge de la communication au sein du consortium, le webinaire a été l’occasion de revenir sur les principaux résultats des différents chapitres du bilan. Observ’ER, leader du consortium, a ouvert la session avec les indicateurs énergétiques et notamment la situation de l’Union européenne vis-à-vis des objectifs de pénétration des filières renouvelables dans son bilan énergétique. Le néerlandais TNO Energy for Transition a présenté les volets emplois et chiffres d’affaires, ainsi qu’un point sur les coûts moyens des différentes technologies EnR et sur les consommations d’énergies fossiles évitées par le développement des énergies renouvelables. Franckfurt School of Finance and Management s’est chargé des indicateurs de suivi des investissements dans les technologies renouvelables. Enfin, le Fraunhofer Institut a passé en revue les principaux enseignements des chapitres dédiés à l’innovation et la compétitivité ainsi qu’à la flexibilité des réseaux électriques pour l’intégration des nouvelles puissances renouvelables. La dernière partie de la session en ligne a été l’occasion pour l’équipe du consortium de répondre aux questions des participants. Les baromètres EurObserv’ER sont issus d’un programme financé par la Commission européenne et complété par l’ADEME pour la traduction en français des livrables. La vidéo du webinaire dans son intégralité est disponible à partir du site des baromètres.
Deux projets pour la mobilité zéro-émission
Le groupe français McPhy, spécialiste des équipements de production, de stockage et de distribution d’hydrogène vient d’être sélectionné pour accompagner deux projets dans la mobilité zéro-émission. Le premier projet prévu en Centre-Val de Loire a pour objectif de convertir les surplus d’électricité renouvelable (éolien et photovoltaïque) en gaz vert. L’hydrogène produit permettra de répondre aux besoins de mobilité grâce à une station de recharge dédiée qui sera installée en fin d’année. Situé dans la Région Grand Ouest, le second projet a pour objectif de recharger des véhicules légers et lourds dédiés au transport de personnes. La phase test débutée mi-mars a été conduite avec succès. La technologie utilisée a aussi été sélectionnée pour équiper de nombreux projets, notamment à Paris et à Rouen ainsi que dans le cadre du projet « EAS-HyMob » en Normandie.
